Échelons; Mein blaues Klavier; Transformations II; Coral de Caracola. La musique d’orgue d’Allende-Blin réunit l’expérience sérielle, le travail de mémoire et une tradition poursuivie. Le cycle en trois mouvements Échelons culmine en un tombeau pour l’artiste du Bauhaus Lothar Schreyer. Mein blaues Klavier, d’après Else Lasker-Schüler, élargit l’orgue par l’orgue de Barbarie et la guimbarde ; Coral de Caracola déploie une vaste idée de choral en spirale.
L’orgue apparaît ici non comme un simple instrument de tradition, mais comme un laboratoire du son, du temps et de l’espace. Couleurs de registres, bruits mécaniques, sources sonores spatialement séparées et acoustique particulière du lieu d’enregistrement deviennent des paramètres de composition. C’est justement l’alliance d’une notation précise et d’une pensée improvisatrice qui ouvre des perspectives d’écoute bien au-delà du répertoire d’orgue habituel.
L’enregistrement privilégie la transparence et la différenciation spatiale. Les voix individuelles les plus fines restent aussi présentes que les grandes densités ; gestes abrupts, longues résonances et transitions feutrées conservent leur fonction dramaturgique. La musique peut ainsi s’éprouver aussi bien comme une suite d’images sonores caractéristiques que comme un processus formel soigneusement construit.
Modèles formels historiques et techniques de jeu actuelles s’y rencontrent d’égal à égal. Choral, passacaille, fantaisie ou méditation ne sont pas cités pour créer un sentiment de familiarité, mais poursuivis comme des formes de pensée ouvertes. Les programmes restent ainsi accessibles aux auditeurs qui souhaitent découvrir la musique nouvelle par des couleurs concrètes, des gestes reconnaissables et la présence sensible de l’instrument.
L’interprétation et les instruments sont déterminants pour ce programme : Gerd Zacher – orgue Karl Schuke, Essen-Rellinghausen; Juan Allende-Blin – orgue de Barbarie. Les jeux particuliers, les manières de jouer et les conditions spatiales façonnent l’articulation et la dramaturgie. Les instruments historiques n’y sont pas traités en pièces de musée, mais comme des corps sonores vivants dont les singularités inspirent directement la musique nouvelle et l’improvisation.
Le livret détaillé replace les œuvres, les circonstances de leur genèse et la situation d’enregistrement dans leur contexte. Il en résulte un album qui fonctionne aussi bien comme portrait concentré en œuvres que comme invitation à une écoute de découverte. La production soignée préserve les extrêmes dynamiques, la réverbération et les fines transitions de couleur, et rend lisible l’interaction de la composition, de l’interprétation et de l’espace.
