L’histoire de la composition et des exécutions de Violectra est indissociable de celle du Feedback Studio. Après avoir été collaborateurs de Stockhausen à l’Expo d’Osaka en 1970, les compositeurs David Johnson, Rolf Gehlhaar et Johannes Fritsch fondèrent à Cologne le Feedback Studio, studio électronique privé et indépendant ; peu après, Fritsch et Gehlhaar créèrent le Feedback Studio Verlag, auquel se joignirent ensuite Michael von Biel, Peter Eötvös, Mesias Maiguashca et Michael Ranta. Tous étaient d’anciens élèves ou collaborateurs de Stockhausen. Jusqu’à sa dissolution en 2010, la maison d’édition a représenté quelque 300 compositions de 20 compositeurs.
La création de Violectra eut lieu lors d’un concert de la Saarländischer Rundfunk le 21 mai 1971, avec des compositions de Rolf Gehlhaar (Klavierstück 1-2) et de Michael von Biel (Übungsstück für Cello mit gefilterter Rückkopplung). Christof Bitter, alors responsable du département de musique nouvelle, avait rendu possible ce concert invité du Feedback Studio dans le cadre de son festival « Musik im 20. Jahrhundert » — une aide qui facilita sensiblement l’entrée des fondateurs de Feedback, âgés alors d’une trentaine d’années, dans l’espace public de la musique nouvelle. À l’Expo d’Osaka, les jeunes compositeurs avaient bien gagné leur vie à leur échelle et purent ainsi acquérir l’équipement de base du studio ainsi qu’un synthétiseur VCS 3 (Electronic Music Studios London). Ce synthétiseur, important pour l’histoire de l’électronique en direct — il réunissait les fonctions de base du studio électronique (production du son par générateurs d’impulsions, de sons et de bruit, traitement du son par filtres et modulateurs commandés en tension) —, est encore utilisé aujourd’hui pour le circuit de modulation en anneau de Violectra.
Le texte de présentation du programme du festival de Sarrebruck dit : « Johannes Fritsch s’occupe des possibilités de la composition improvisée (réimprimé dans Feedback Papers Reprint 1-16, Cologne 1978, p. 48. )
Après ‘Duett für Bratsche (1962)’ et ‘Partita für Viola, Kontaktmikrophone, Magnetophone, Filter und Regler (1966)’, ‘Violectra’ est le troisième travail dans lequel une improvisation contrôlée à l’alto est confrontée à un système technique de médiation complexe. » L’alto est ici une viole d’amour à six cordes, avec 6 cordes sympathiques, du début du XIXe siècle, que le compositeur avait découverte chez un luthier de Cologne.
