Vers 1900, Max Reger fit entrer la musique d’orgue allemande dans une nouvelle dimension. Ses œuvres allient la tradition contrapuntique de Johann Sebastian Bach à l’harmonie postromantique et aux possibilités orchestrales des grands instruments pneumatiques. Même dans le chromatisme le plus dense, le travail motivique, la conduite des voix et la proportion formelle restent les forces porteuses.
Le Vol. 12 de l’intégrale est consacré aux Zehn Stücke op. 69, à six préludes de choral ainsi qu’au Präludium und Fuge gis-Moll WoO IV/15. L’opus 69 réunit Basso ostinato, Moment musical, Romanze, Toccata et des fugues. Six préludes de choral composés au fil de nombreuses années et le couple prélude-fugue de grande envergure ajoutent au programme des formes sacrées et libres.
Martin Schmeding met à nu les entrelacs complexes des voix sans perdre le grand souffle de la musique. Les sections liées au choral prennent le contour de la parole, les formes libres gagnent une direction dramatique, et même les crescendos massifs demeurent clairement articulés. Son interprétation allie la précision analytique à l’énergie physique que la musique de Reger déploie dans l’espace d’une église.
L’une des idées directrices de l’édition est d’associer les groupes d’œuvres, pour des raisons historiques et sonores, à des instruments de l’époque même de Reger. Ses indications dynamiques et ses changements de registration se comprennent ainsi comme des éléments de la composition. Fernwerk, récit expressif, mélanges de fonds et anches puissantes façonnent transitions, contrastes et sommets. Le choix de l’orgue n’ouvre donc pas un décor nostalgique, mais un accès direct à la pensée musicale de Reger.
Wilhelm-Sauer-Orgel (1908), Lutherkirche Chemnitz en est le partenaire historiquement éloquent. Jeux de fonds, anches caractéristiques et transitions dynamiques finement graduées montrent à quel point l’écriture de Reger est liée à la facture d’orgue allemande de son temps. Crescendo, effet de lointain et capacité de fusion deviennent des composantes de la forme et non des effets ajoutés après coup.
La production rend cette relation sensible en stéréo classique, en surround 5.1 et dans une prise de son binaurale 3D puriste destinée au casque. L’architecture de la musique comme l’étagement spatial de l’instrument se laissent ainsi éprouver. Le Vol. 12 est un portrait en œuvres à part entière et, en même temps, une partie du panorama en dix-sept volumes.
