21 fantaisies pour orgue : Early Morning, The Afternoon et Late Evening, Night. Imaginary Day dessine le cours d’une journée imaginaire en 21 fantaisies. Études modales, tons psalmodiques, mélodies africaines, carillon, réminiscences de cornemuse et sources sonores pleines d’humour comme un klaxon de bicyclette ou des bouteilles composent un collage dont l’unité naît de l’invention improvisée et du choix délibéré de quatre orgues historiques très différents.
L’orgue apparaît ici non comme un simple instrument de tradition, mais comme un laboratoire du son, du temps et de l’espace. Couleurs de registres, bruits mécaniques, sources sonores spatialement séparées et acoustique particulière du lieu d’enregistrement deviennent des paramètres de composition. C’est justement l’alliance d’une notation précise et d’une pensée improvisatrice qui ouvre des perspectives d’écoute bien au-delà du répertoire d’orgue habituel.
L’enregistrement privilégie la transparence et la différenciation spatiale. Les voix individuelles les plus fines restent aussi présentes que les grandes densités ; gestes abrupts, longues résonances et transitions feutrées conservent leur fonction dramaturgique. La musique peut ainsi s’éprouver aussi bien comme une suite d’images sonores caractéristiques que comme un processus formel soigneusement construit.
Modèles formels historiques et techniques de jeu actuelles s’y rencontrent d’égal à égal. Choral, passacaille, fantaisie ou méditation ne sont pas cités pour créer un sentiment de familiarité, mais poursuivis comme des formes de pensée ouvertes. Les programmes restent ainsi accessibles aux auditeurs qui souhaitent découvrir la musique nouvelle par des couleurs concrètes, des gestes reconnaissables et la présence sensible de l’instrument.
L’interprétation et les instruments sont déterminants pour ce programme : Willem Tanke – orgue Chataîgne Vouziers, orgue Bätz Utrecht, orgue König Nijmegen et orgue Loret Berkel-Enschot; dans cinq des fantaisies s’ajoutent de petits instruments de percussion. Les jeux particuliers, les manières de jouer et les conditions spatiales façonnent l’articulation et la dramaturgie. Les instruments historiques n’y sont pas traités en pièces de musée, mais comme des corps sonores vivants dont les singularités inspirent directement la musique nouvelle et l’improvisation.
Le livret détaillé replace les œuvres, les circonstances de leur genèse et la situation d’enregistrement dans leur contexte. Il en résulte un album qui fonctionne aussi bien comme portrait concentré en œuvres que comme invitation à une écoute de découverte. La production soignée préserve les extrêmes dynamiques, la réverbération et les fines transitions de couleur, et rend lisible l’interaction de la composition, de l’interprétation et de l’espace.
