La suite pour orchestre « Les planètes » reste aujourd’hui la composition la plus célèbre de Gustav Holst. Holst y fond les influences les plus diverses de son époque en un style personnel inimitable – échos du premier Strawinsky, de Vaughan Williams, de Dukas et de Debussy, mais aussi d’Elgar et de la musique populaire anglaise – et réussit le tour de force d’être à la fois exigeant et populaire. On tient pour avérée l’anecdote selon laquelle, lors de la répétition générale précédant la création, les femmes de ménage de la salle de concert se sont mises à danser sur Jupiter ; toute une génération de compositeurs de musique de film, surtout dans la science-fiction, a été marquée par ce style. Le cycle est astrologique et non astronomique : Holst caractérise les qualités que l’astrologie attribue aux planètes. C’est pourquoi la Terre est absente et pourquoi les planètes sont ordonnées selon leur distance à la Terre, et non au Soleil.
« Mars, celui qui apporte la guerre » dessine la vision effrayante d’une guerre mécanisée ; contrairement à une idée répandue, Holst a commencé ce mouvement des mois avant le début de la Première Guerre mondiale, quoique dans le pressentiment du conflit. Le caractère aimable de « Vénus, celle qui apporte la paix » porte l’empreinte de « L’Oiseau de feu » de Strawinsky et de la « Sea Symphony » de Vaughan Williams, tandis que « Mercure, le messager ailé » est une sorte de scherzo aux rythmes sans cesse changeants. « Jupiter, celui qui apporte la gaieté » associe des éléments de danse rustique à une partie centrale en forme d’hymne, dont la mélodie est entrée aussi bien dans les recueils de cantiques anglais que dans les chants des supporters de rugby. « Saturne, celui qui apporte la vieillesse » retrace par un mouvement de balancier constant l’écoulement inexorable du temps et la peur de la mort, et s’achève dans la paix. « Uranus, le magicien » n’est pas un sorcier menaçant, mais un charlatan grotesque, où résonnent « L’apprenti sorcier » de Dukas et le « Till Eulenspiegel » de Richard Strauss. Dans « Neptune, le mystique », avec ses nappes bitonales et ses arpèges mystérieux, le son s’estompe peu à peu à la fin, comme s’il quittait les limites de l’univers connu.
Certaines des mises en musique les plus connues de Goethe viennent de France, parmi lesquelles des œuvres dramatiques de Berlioz, Gounod et Massenet. « L’apprenti sorcier » de Paul Dukas, de 1897, n’est pas une mise en musique, mais un scherzo pour orchestre inspiré par la ballade de Goethe, aussi brillant que malicieux et très souvent joué, surtout aux États-Unis. Cela tient au dessin animé « Fantasia » de Walt Disney, sorti en 1940, dont le poème symphonique de Dukas était l’une des pièces centrales, aux côtés de la Symphonie pastorale de Beethoven et du « Sacre du printemps » de Strawinsky : sur la musique jouée par Leopold Stokowski et le Philadelphia Orchestra, Mickey coiffe le chapeau magique et fait travailler le balai à sa place. Si l’on ne se souvient aujourd’hui guère d’une autre œuvre de Dukas, le compositeur, d’une autocritique radicale, en porte une part de responsabilité : il n’a publié qu’une douzaine d’œuvres.
Jörg Endebrock joue l’orgue historique Walcker sur la tribune des chanteurs de la Lutherkirche, Susanne Rohn l’orgue Klais sur la tribune opposée. Susanne Rohn a étudié à Fribourg-en-Brisgau, Toulouse, Lyon et Bâle et achevé en 1997 des études supérieures de direction et d’orgue ; lauréate des concours d’orgue de Toulouse et de Calgary, elle est depuis 1997 cantrice de la paroisse de l’Erlöserkirche à Bad Homburg et enseigne la direction de chœur, de 2006 à 2009 à la Robert Schumann Hochschule de Düsseldorf, depuis 2011 à l’université Gutenberg de Mayence. Konrad Graf, qui a étudié avec Bernhard Wulff à Fribourg et est percussionniste solo et timbalier solo adjoint du hr-Sinfonieorchester de Francfort, joue avec elle en duo et en trio depuis de nombreuses années. Endebrock, élève de Susan Landale à Paris et lauréat des concours d’orgue de Haarlem et de Paris, est devenu en janvier 2020 Kirchenmusikdirektor de la Hauptkirche St. Michaelis à Hambourg.
