Édition anniversaire Künstler im Gespräch Vol. 11 – Dans l’imagination, j’étais libre (Isang Yun). La vie d’Isang Yun est aussi complexe et captivante qu’un roman bien écrit. Son caractère complexe, avec toutes ses polarités et ses conflits face aux défis qu’il lui fallut affronter, offre la matière de bien des chapitres d’une portée humaine, artistique et historique — et pas seulement en raison de son enlèvement spectaculaire de Berlin-Ouest vers Séoul (Corée du Sud) à la fin des années 1960, qu’il raconte dans nos enregistrements originaux de façon aussi passionnante que bouleversante, en lien avec son propre parcours. Non : aussi et surtout en raison de son œuvre fascinante. Au fil des décennies, Yun a développé, à partir des influences orientales et occidentales qui l’ont façonné, un langage entièrement personnel et reconnaissable entre tous, si bien qu’à la fin de sa vie il put dire : La division en moi est entièrement surmontée, même s’il souffrit jusqu’au bout de la division de sa patrie bien-aimée, la Corée.
Le violoncelle était pour moi comme un conjoint, raconte Isang Yun lui-même dans les enregistrements originaux (1976, SACD 2-4).
Il n’en est que plus juste — comme le dit Holger Groschopp dans son entretien avec Mirjam Wiesemann (SACD 4) — que l’instrument le plus autobiographique de Yun soit au centre de cette production marquant les dix ans de notre Edition Künstler im Gespräch.
De son grand Concerto pour violoncelle (1975/76), Yun dit par exemple : comme le violoncelle était depuis ma jeunesse mon instrument préféré, j’en ai fait le centre. Il considérait le violoncelle comme sa propre voix, belle et fragile, confrontée au monde dramatique et destructeur.
Le choix des œuvres (SACD 1/2), interprété par Adele Bitter (violoncelle) et Holger Groschopp (piano), ressemble à une esquisse de portrait : l’art de saisir en quelques traits l’impression d’une personnalité. Les pièces retenues conduisent à différentes étapes de la création d’Isang Yun – des premières compositions écrites en Europe, qui fondèrent un style nouveau, „le sien“, jusqu’à l’une de ses dernières œuvres, les Sieben Etüden für Violoncello solo.
Chaque auditeur voit autrement ma position entre l’Orient et l’Occident, et c’est très bien ainsi, confiait Isang Yun à Luise Rinser. On peut entendre ma musique dans un sens ou dans l’autre, comme orientale ou comme occidentale. Que cela soit possible désigne exactement ma place.
