La mélodie du choral donne l’appui, le texte du cantique met la musique en mouvement. Dans ses quatre premières fantaisies de choral de 1898/99, Max Reger développe à partir de ce rapport des formes de grande envergure, aux contrastes internes souvent abrupts. Le Vol. 4 de l’intégrale réunit Ein’ feste Burg ist unser Gott op. 27, Freu’ dich sehr, o meine Seele! op. 30 ainsi que les deux fantaisies op. 40 sur Wie schön leucht’t uns der Morgenstern et Straf mich nicht in deinem Zorn! Martin Schmeding joue sur l’orgue Wilhelm Sauer de 1908 de l’Erlöserkirche de Bad Homburg.
Dans Ein’ feste Burg se rencontrent un début en forme de fanfare, de compactes incises de choral et une écriture en trio qui rappelle les modèles baroques. La mélodie change de registre : à la deuxième strophe, elle se trouve au ténor du pédalier, entourée de figures plaintives aux claviers et interrompue par des blocs d’accords récurrents. Plus tard, la double pédale et des enchaînements d’accords abrupts aiguisent la tension. Le fugato final reprend le début du choral et conduit, après un bref pianissimo, à la pleine conclusion en accords.
Freu’ dich sehr, o meine Seele! est également liée à la fantaisie précédente par les motifs. Le début d’Ein’ feste Burg y revient en mineur comme motif d’interlude. L’ouverture claire et figurée est très tôt rompue par des accords dissonants ; à l’intérieur des strophes alternent lignes mélodiques ornées, motifs de soupir et éclats véhéments. Un canon triple sur la mélodie du choral forme la conclusion. Au fugato de la première œuvre répond ainsi une autre forme d’entrelacement serré des voix.
Les deux fantaisies op. 40 forment elles aussi un couple contrasté. Wie schön leucht’t uns der Morgenstern conduit d’une introduction tourmentée, par deux amples gradations, à une fugue qui s’unit à la mélodie du choral. L’élaboration ornée de la troisième strophe en constitue le centre. Reger ajuste le choix du texte au déroulement de l’œuvre : la dernière strophe du cantique reste sans musique.
Straf mich nicht in deinem Zorn! suit une construction plus morcelée, régie par de rapides changements d’atmosphère. Une figure de trois notes chromatiquement descendante tient ensemble les sections changeantes. Même la mélodie ornée dans l’aigu reste traversée de mouvements chromatiques. Cette fantaisie ne comporte aucune section fuguée ; sa forme naît des tensions et des métamorphoses à l’intérieur des strophes du choral.
L’orgue Sauer de Bad Homburg ajoute à la palette une particularité spatiale : son Fernwerk se trouve au-dessus de l’orgue principal et conduit le son par un long canal acoustique jusqu’au chœur. Flûtes, gambes et jeux d’anche y côtoient des registres d’inspiration française comme la Trompette harmonique et le Hautbois. L’enregistrement, produit en DSD, documente l’instrument et son église en stéréo, en surround 5.1 et en stéréo binaurale 3D pour le casque.
