Hans Gal est né en 1890 près de Vienne, fils d’un médecin juif, et a grandi dans le monde de cette capitale impériale du tournant du siècle. Il a eu la chance d’étudier auprès de quelques-uns des maîtres les plus importants de son temps : le pianiste Richard Robert, dont les élèves ont compté Rudolf Serkin, George Szell et Clara Haskil, le musicologue Guido Adler et, pour la composition, Eusebius Mandyczewski, ami proche de Brahms qui est devenu pour Gal une sorte de père spirituel. En 1915, il a reçu le prix d’État autrichien de composition.
Les années de Mayence ont été la période la plus laborieuse de sa vie — jusqu’à ce que la prise de pouvoir des nationaux-socialistes, en 1933, entraîne son licenciement immédiat et l’interdiction de toute publication et de toute exécution de ses œuvres en Allemagne. Gal est retourné à Vienne, mais la situation en Autriche est devenue toujours plus menaçante et, aussitôt après l’entrée de Hitler en mars 1938, il s’est enfui avec sa famille en Angleterre, dans l’intention de gagner l’Amérique. Une rencontre fortuite avec Donald Francis Tovey l’a conduit à Édimbourg, où la famille s’est installée au début de la guerre. La Pentecôte 1940 a apporté le coup suivant : l’internement comme « enemy alien » ; ce n’est qu’en 1945 qu’il a obtenu un poste de lecturer en musique à l’université d’Édimbourg.
Son œuvre compte quatre opéras, quatre symphonies, de vastes cantates et une multitude de pièces de chambre, pour piano et vocales ; au terme de sa longue vie, il laissait environ 140 œuvres publiées. Bien que plus de la moitié aient été composées en Grande-Bretagne, son travail — comme toute son identité culturelle — est resté profondément enraciné dans la tradition austro-allemande : dans la clarté, l’esprit et la maîtrise formelle du classicisme viennois, dans une intensité romantique alliée à la retenue, dans un amour schubertien de la mélodie pénétré d’une polyphonie née d’un travail de toute une vie sur Bach, et dans la complexité harmonique et la tonalité élargie de la modernité présérielle. Gal n’a jamais douté de la validité durable de la tonalité ; sa musique est en même temps extrêmement complexe et subtile dans sa structure motivique et dans son harmonie piquante, qui bifurque à chaque tournant.
La Sonate pour violon et piano op. 17 a été écrite en 1920 pour le virtuose Robert Pollak et appartient clairement à la phase la plus extérieurement expressive de Gal, celle de ses opéras et de ses grandes œuvres, quand sa musique connaissait sa plus large reconnaissance. Bien que sonate, l’œuvre reflète à bien des égards l’échelle de ces compositions : « opératique » par l’ampleur et la générosité de sa conception, avec des marches parallèles génératrices de mélodie qui laissent entrevoir par instants des parentés tonales lointaines.
Les œuvres pour violoncelle de Gal s’étendent sur plus de soixante ans : elles commencent avec la Suite pour violoncelle et piano de 1919 et s’achèvent avec une sonate et une suite solistes de 1982, quand le compositeur avait quatre-vingt-douze ans ; les œuvres principales en sont le Concerto pour violoncelle achevé en 1944, un Concertino pour violoncelle et orchestre à cordes de 1966 et la Sonate op. 89 de 1954. Lorsqu’il l’a écrite, Gal vivait depuis seize ans en Grande-Bretagne, et pourtant on décèlerait difficilement quoi que ce soit d’anglais dans son style — il existe même entre les deux sonates de remarquables parallèles structurels. Il ne voyait pas le processus créateur comme l’expression d’un vécu immédiat, mais comme une distillation : il est ancré dans une couche profonde de la conscience où les expériences de l’instant ne parviennent pas — la même chose, disait-il, qu’avec l’eau de pluie qui doit s’infiltrer avant de ressortir en source. Bien que pianiste avant tout, Gal a joué aussi quelque temps du violoncelle. L’enregistrement a été réalisé en mai 2001 dans la Clapp Recital Hall d’Iowa City.
