Né en 1924, Günther Becker a étudié la direction d’orchestre avec Gerhard Nestler à la Badische Hochschule für Musik de Karlsruhe, puis, de 1948 à 1956, la composition avec Wolfgang Fortner à Heidelberg et à Detmold. De 1956 à 1968, il a vécu en Grèce, a enseigné à Athènes et y a créé en 1962 un studio de musique nouvelle au Goethe-Institut. De retour en Allemagne, il a fondé en 1969 à Essen le groupe de musique électronique en direct « Mega-Hertz », a présidé de 1971 à 1974 la section allemande de la Société internationale pour la musique contemporaine et a enseigné à partir de 1973 au Robert-Schumann-Institut de Düsseldorf, comme professeur à partir de 1974. Dans le livret, Stefan Fricke situe ses œuvres électroacoustiques entre abstraction et concret, dans une histoire de l’art qui, depuis l’invention de la bande magnétique, peut s’emparer directement des bruits de l’environnement et des sons de la nature.
« Ferrophonie » (1973) a été commandé au début de 1973 par les Klöckner-Werke AG de Duisbourg, qui voulaient présenter autrement leurs produits sidérurgiques à l’Industriemesse de Hanovre. Becker, qui travaillait alors intensément sur la transformation électroacoustique et la modulation en direct de sons instrumentaux et vocaux, a expérimenté cette fois avec le métal : plaques, bandes, billes, chaînes, tubes, rails de chemin de fer et tambours de machines à laver. Quatre exécutants mettaient les produits d’acier en vibration ; captés par des microphones, les sons passaient dans quatre synthétiseurs, où ils étaient aussitôt filtrés ou réverbérés, puis mixés par Becker à la régie sonore et diffusés immédiatement par haut-parleurs, mêlés aux signaux directs. L’enregistrement documente la création du 16 avril 1973, qui a aussi été la seule exécution de l’œuvre ; parmi les interprètes figurent Pierre W. Feit (hautbois), Mirko Dorner (violoncelle) et Alfred Alings (percussion), avec Dirk Reith et Ferdi Brendgen à la prise de son.
L’« étude électronique sur les orthoptères (grillons, sauterelles) » « Du bois et des champs d’Alpbach » (1978) fait allusion par son titre au cycle « Ma Vlast » de Bedrich Smetana, dont le quatrième volet s’intitule en allemand « Aus Böhmens Hain und Flur ». En septembre 1978, lors d’un atelier de deux semaines à Alpbach, dans le Tyrol, Becker a enregistré sur une pente ensoleillée des insectes stridulant bruyamment, avec un microphone de mesure à sonde très sensible, puis a transformé les sons au synthétiseur ARP 2500 en agissant sur l’enveloppe, l’attaque et l’extinction, ainsi qu’au moyen de filtres passe-haut et passe-bande. Des noms d’espèces prononcés, tels « Gaudeus africanus », ouvrent l’étude.
« Passagen » (1975/76) est né d’une commande du Westdeutscher Rundfunk pour les Wittener Tage für neue Kammermusik de 1976. L’œuvre repose sur un texte de chacun des écrivains Franz Mon, Jürgen Becker, Ernst Jandl et Ingeborg Bachmann ; son thème est l’alternance constante entre la préservation et la dissolution de la couche sémantique des mots. La parole y est sans cesse modulée dans un continuum fluide entre intelligibilité et inintelligibilité, et la pièce joue avec des situations d’écoute transitoires, avec la simultanéité du proche et du clair, du lointain et de l’indistinct. Gisela Saur-Kontarsky (voix), Herbert Henck (piano), Christoph Caskel (percussion) et Raimund Jülich (synthétiseur) interprètent l’œuvre dans la production du WDR de 1976. Le SACD a été réalisé en coproduction avec le WDR.
